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Introduction à la Liturgie
On découvrira que le mot "liturgie", dans le sens utilisé ne se limite
pas au rite de la Sainte Eucharistie, comme c'est le cas en dans les Eglises Orientales.
Il désigne ici l'entièreté de l'ordonance des formes acceptées des cultes publics approuvés, et qui sont habituellement appelés "liturgiques", étant distinctes
des prières publiques ou privées, des prédications et actions de grâce etc... qui
peuvent être permises, mais qui ne sont cependant pas prescrites.
Le mouvement dont l'Eglise Catholique Libre est issue utilisait la liturgie Romaine,
cependant le mouvement qui apporta les bases actuelles d'une plus grande liberté
religieuse impliquait la révision complète de la liturgie, afin que cette dernière
corresponde à cette évolution de pensée. La liturgie Romaine fut choisie pour servir de
base à cette révision. Il apparait clairement à ceux qui l'étudient que la liturgie
Romaine est un produit composite, dérivé d'un certain nombre de sources anciennes.
Elle apparait comme ayant grandi par un processus d'absorption entre autres du très répandu
Rite Gallican, qui à son tour possède des affiliations orientales. Elle porte en
elle-même toutes les marques de son ancienneté et de sa structure composite.
Cette ancienneté comporte tout à la fois des avantages et des inconvénients. Elle
nous conduit d'une part plus près du courant de la pure tradition émanant du Christ
Lui-même; mais à quelle distance nous l'ignorons. D'autre part, elle nous ramène
également en arrière, vers une forme de culture incommensurablement plus limitée que la nôtre.
Bien des communautés chrétiennes anciennes paraissent avoir eu un niveau de développement
assez peu élevé, comme celle des Corinthiens à laquelle Saint Paul adressait son épitre. Si nous étudions d'une manière critique l'une des plus anciennes liturgies
de l'histoire chrétienne: le Sacramentaire de Sérapion, nous découvrirons bientôt
que les fragments qui en sont conservés reflètent naturellement le point de vue que
l'on peut s'attendre à trouver dans une communauté agricole primitive. La liturgie Romaine,
elle aussi, souffre de son antiquité, en dépit, et peut-être même à cause de ses
nombreuses révisions.
Ecrite en latin, elle ne permet pas la détection aisée de la crudité de ses conceptions;
cependant un examen approfondi de ses opinions montre rapidement combien elle convient
peu à un usage moderne; et ce jugement se renforce lorsque l'on tente de traduire en langage contemporain les majestueuses tournures latines dont elle est composée
et à les refondre en des formes appropriées. Les produits éclectiques des différents
traducteurs de cette liturgie, semblent presque avoir pour but désigné, de promouvoir
l'infério-rité du language vénaculaire comme le véhicule de l'expression liturgique.
La liturgie Romaine contient, en plus, de nombreuses expressions se rapportant à la
crainte de Dieu, de son courroux et à la perspective d'un enfer éternel, et celles-ci
à leur tour, évoquent d'autres expressions de servitude et d'abaissement servile,
des appels abjects à la clémence, et même des tentatives naïves de marchandage avec le
Tout-Puissant. Le mal y est si visible, qu'il suffit de prendre quelques exemples
de ce langage pour l'illustrer. 'Nous Vous supplions, ô Seigneur, d'appaiser Votre
courroux et d'accepter ces offrandes...' 'Ecoutez-nous, ô Dieu de notre salut, et délivrez
votre peuple de la terreur de la colère divine et épargnez-le par la générosité de
votre clémence'. Il est impossible, pour des hommes contemporains et réfléchis de
répéter de tels anthropomorphismes grossiers. Dans un certain sens, bien entendu, toutes
nos conceptions de Dieu sont inévitablement anthropomorphiques. Tout ce que nous
pensons de Lui est le produit du mental humain; en effet, tout ce qui nous a été
révélé sur la nature divine est défini en des termes qui peuvent être compris par nos pensées
limitées. Cependant, il existe une règle qui exige justement que ceux-ci soient interprétés
en des termes qui reflètent ce qu'il y a de plus noble et de plus élevé dans notre nature humaine et non pas en les termes les plus bas et dont nous ayons honte.
Dans cet ordre d'idée, la liturgie Romaine est la plus coupable, mais la liturgie
Anglicane elle aussi, bien que moins grossière, n'est pas sans blâme. Les liturgies
Grecques ne sont pas aussi assombries par les nuages gris de la peur et des ténèbres; elles
gravitent plus dans l'amour de Dieu.
Dans la présente liturgie de l'Eglise Catholique Libre tous ces termes défigurants
ont été éliminés parce qu'ils s'éloignent de l'idée du Père aimant et de l'homme
qui a été créé à Son image. Si les chrétiens s'étaient contentés de ce que le Christ
enseigna de son Père qui est dans les cieux, ils n'auraient jamais inclus dans leur foi
le Jéhovah jaloux d'Ezra, de Néhémie et des autres - un dieu exigeant des sacrifices
propitiatoires et duquel il faut constemment invoquer le pardon. De plus, la connaissance que nous avons actuellement des religions orientales et de la foi de l'ancienne
Egypte et de Babylone, a dissipé l'illusion que les juifs détenaient le monopole
de la vérité divine et ainsi, la valeur de l'Ancien Testament tant que base intégrale
de la foi chrétienne en est diminuée d'autant.
En se basant sur les mêmes principes, notre liturgie rejette les imprécations envers
les non-chrétiens ainsi que les passages qui y font référence - et ils sont nombreux
- aussi bien dans les hymnes que dans les textes relatifs à l'histoire de l'Eglise
Chrétienne. Cette attitude est absolument étrangère à l'esprit du Christ et si en des
temps de persécution ou de luttes internes ces abus sont moins inexcusables, ils
n'ont actuellement plus de place dans le Christianisme. Il est en effet difficile
de trouver plus qu'un tout petit nombre de psaumes qui aient échappés à ce mal. C'est pour
cette raison que nous avons choisi de composer des psaumes, des épitres et des évangiles
à la manière d'une selection "cento" et cela avec l'intention d'utiliser dans
notre culte un langage qui éveille exclusivement des émotions de nature élevée
et qui soient entièrement libérées des défauts précites. Nous savons bien que des
apologètes affirmeront que les textes et les sentiments contre lesquels nous nous
élevons peuvent être l'objet d'une interprétation plus tempérée. Selon eux, il faut voir
dans le courroux divin les conséquences néfastes qui découlent inévitablement de
la transgression des divins commandements. De telles explications qui adoucissent
les aspérites des passages originaux sont des plaidoyers préparés par des hommes qui sont attachés
à une liturgie ou à une vue des Ecritures complètement dépassées; et qui ne peuvent
en aucune manière atténuer l'impression fausse que ces passages évoquent.
La structure composite du Rite Romain est aussi devenue évidente surtout par les nombreuses
répétitions qu'elle contient, en particulier dans les cérémonies du Baptème et des
Ordres, où l'on observe le peu de relation qui existe entre le texte et les gestes qui les accompagnent, ce qui parfois n'accorde à l'ensemble que bien peu de signification.
Ceci est attribuable a un processus que l'on pourrait appeler le "télescopage" d'un
rite qui est absorbé par un autre; par exemple certains gestes qui ont déjà été posés alors que la liturgie, emprumtant des prières à un autre Rite, les renouvelent
inutilement pour être en harmonie avec l'objet de la prière emprumtée. Quelques
commentateurs reconnaissent cette inconsistance d'autres l'expliquent en parlant
d'anticipation dramatique ou de " suites " servant à indiquer une pause dans la pensée,
alors que le moment précis de l'action n'est pas défini, ou même de simple excuse
sous prétexte qu'il faut un certain temps pour dire ces choses.
Nous avons été déçus par le fait que les liturgies grecques n'aient pas pu convenir
à notre travail de révision.
Expliquer pourquoi elles sont inadéquates est très difficile. Il s'agit de quelque
chose de semblable au qualités que possèdent certaines nations par rapport à d'autres.
Ainsi peut-on trouver dans les pays latins des personnes qui ont tendance à donner
plus d'importance à la beauté du language qu'à ce qui est dit. D'autre part les hommes
de science utiliseront plutôt un language où l'accent portera sur l'exactitude plutôt
que sur la beauté de l'expression et qui sera impermeable aux idées plus larges qui
dépassent l'ordre des choses dans les recherches mineures qui sont les leurs. Les liturgies
grecques nous apparaissent comme des océans de belles paroles qui ne semblent pas
être soutenues par une structure d'une pensee cohérente et conséquente. Le même
état de chose semble, dans une moindre mesure, être applicable à la liturgie Romaine
à cause de la profuson de son language. Les actes de la Sainte Eucharistie (et aussi
de certains autres services) doivent faire partie d'un schéma de symbolisme et d'efficacité. Un beau language contribuera à éveiller la dévotion des fidèles, même si cette
dévotion est parfois vague; mais si la coopération de la pensée peut aussi être obtenue,
un effet plus conséquent sera évidemment atteint qui affectera l'adorateur éventuel ainsi que l'ensemble du processus qui en résulte. Dans cette liturgie avons essayé
de montrer que l'on peut dire ces idées d'un language formel et harmonieux qui corresponde
à la séquence des actes.
Beaucoup de cérémonies anciennes sont intéressantes du point de vue archéologique,
mais il n'entre pas dans nos vues de maintenir l'archéologie pour le bien de l'archéologie
.
Comme nous avons constaté qu'une liturgie célébrée dans la langue du pays a infiniment
plus de réponse de nos congrégations que celle utilisant le latin, dans ce domaine
comme dans d'autres, nous avons également accordé la préférence à l'efficacité, plutôt qu'à l'intérêt archéologique. Car nous croyons que la véritable révérence apparaîtra
le mieux si nous aidons les fidèles à exercer aux mieux leurs facultés dans les services
pour lesquels la liturgie a été écrite.
Notre intention est d'obtenir que le culte public porte un caractère congrégationel.
L'expression "prêtrise des laics" n'est pas vide de sens et la vérité qu'elle incarne
devrait être remise à l'honneur. Dans le Christianisme primitif la célébration de
la Sainte Eucharistie était évidemment beaucoup plus un acte collectif qu'elle ne le
fut plus tard lorsque les congrégations cessèrent de comprendre le latin. Si l'on
tient compte de l'expansion de l'éducation intelligence et des avantages d'une liturgie
écrite en langue vivante les laics assistent à la Sainte Eucharistie en tant que spectateurs
passifs ou qu'ils ne puissent pas suivre le déroulement, pas à pas, de ce qui se
passe à l'autel. Le mot Liturgie signifie "travail ou ser-vice public", c'est donc un travail exécuté en public, que l'on peut aussi définir comme un travail fait
par le public dans son sens le plus large. Le fait que la terminaison du mot soit
reliée étymologiquement à notre mot "énergie" est plein de signification .
Selon notre conception, la célébration liturgique a un aspect et un but triple. D'abord
l'adoration et la louange du Dieu tout-puissant. Ensuite, elle a pour fonction
d'aider les assistants. Et enfin elle est destinée à aider le monde qui nous entoure,
en servant d'instrument pour la distribution d'un puissant courant d'énergie spirituelle.
Nous pouvons dire d'une façon certaine que Dieu lui-même n'a pas besoin de nos prières
et n'apprécie certainement pas l'adulation de ceux qui ont appris à Le mieux connaître. Nous sentons et pensons d'autre part qu'il est bon pour nous d'élever nos
coeurs en prières et d'essayer de nous unir plus complètement à la Volonté divine.
Mais nous pouvons aller plus loin et dire que Dieu utilise notre coopération. Ses
plans incluent une participation croissante de l'homme dans la mesure de l'accroissement de
son intelligence et sa maturité spirituelle. L'Eglise Catholique Libre a pour but
de faire de ses fidèles des travailleurs efficaces et forts à Son service. Elle tente
de les aider à manifester la Lumière divine eux-mêmes - la Lumière qui éclaire chaque
homme venant dans ce monde - et qui trop souvent reste voilée et cachée par l'ignorance
et les mauvaises actions. Ensuite de s'assurer que cette Lumière entre dans les
coeurs de tous afin de leur faire découvrir la divine Splendeur.
Il nous reste à témoigner de notre dette envers les autres liturgies. Comme nous l'avons
dit plus haut la liturgie Romaine nous a servi de modèle. Elle a préservé au travers
des âges et les gestes des divers rites avec une remarquable fidélité. Nous avons
adapté la prière bien connue de la liturgie de Saint-Jean Chrysostome, nous avons
aussi fait des emprunts à la liturgie de l' église Anglicane; un certain nombre de
passages très beaux ont été intégrés dans les prières de notre célébration de l'Eucharistie qui furent inspirés des extraits et des collectes du livre anglican "TheBook of
Common Prayer". Ce livre eut pour but d'entreprendre, comme nous le faisons aussi,
de revoir et de simplifier la liturgie Romaine. Nous avons suivi l'exemple Romain
consistant à omettre les portions des Epitres et Evangiles n'ayant pas de relation directe
avec l'intention principale du jour. Enfin nous sommes aussi redevables envers la
très belle liturgie"Catholique Apostolique" de l'église dite "Irvingite Church" pour
des extraits inclus dans nos rites d'ordination ainsi que dans la cérémonie de la Consécration
d'une église. Les deux phrases de la Messe commençant par les mots "Sous le voile
des choses terrestres" proviennent d'une source que nous n'avons pas pu identifier.
Les rubriques ont pour but d'indiquer aux fidèles la séquence des événements auxquels
ils peuvent assister. Des instructions plus détaillées ont été publiées à l'usage
des Prêtres.
L'Information générale et la Préface précédant les services repris dans ce livre sont
dues à James Ingall Wedgwood; envers qui l'Eglise
Catholique a une dette de profonde gratitude. La liturgie Catholique Libérale est due à sa vaste érudition et à son infatigable labeur.
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