Documents Martinistes
par Robert Amadou.
CHAPITRE II
LOUIS-CLAUDE de SAINT-MARTIN
LE PHILOSOPHE INCONNU
1. - Esquisse biographique.
Louis-Claude de Saint-Martin ( qui ne fut jamais marquis ) est né à Amboise, le
18 janvier 1743. A trois ans, il perd sa mère; à six ans, il trouve une mère qui
incarne la mère idéale, Elle l'enchantera. Les études commencées avec un précepteur,
se poursuivent au collège de Pontlevoy ( 1755-1759 ), puis à la Faculté de Droit de Paris
( 1759-1762 ), d'où il sort licencié. Premières lectures, premières empreintes: Abadie,
Burlamaqui ( il adhère ), la tourbe philosophique ( il réagit là contre ); et, bien
sûr, les romans, le théatre, la poésie tant des anciens que des classiques et des contemporains
( il goûte et prend garde ). La musique le séduit pour la vie: théorie de l'harmonie
et pratique du violon.
S'il avait occupé plus de six mois ( 1764-1765 ) I'office d'avocat du roi du baillage
et le siège présidial de Tours, il eût sans doute succombé à la tentation, qu'il
avouera, de se suicider. L'état militaire lui agrée davantage. Il y demeure six ans
( 1765-1771 ). Dès son arrivée au Foix-Infanterie, alors stationné à Bordeaux, des camarades
le devinent et l'initient aux mystères maçonnico-théurgiques des Elus Cohen: initiation
selon l'externe. A partir de 1769, il passe ses quartiers d'hiver auprès de Martines de Pasqually, fondateur et Grand Souverain de l'Ordre, son premier Mâître.
En 1771, il abandonne le service pour mieux suivre la carrière . Il ré-i(le à
Lyon, en Touraine, à Paris surtout où le succès équivoque du livre
Des Erreurs et de Ia vérité
l'introduit dans le monde. Par deux fois, il visite l'ltalie ( 1774-1787 ), un voyage le mène à Londres ( 1787 ). Vite, il s'est méfié des chapelles, sauf à y porter la
tlonl~ arole et la discorde, sauf aussi qu'à Lyon, en 1785, il s'éprend des communications
medi~lltlniques de 1' Agent Inconnu . Il ne tarde pas à s'en déprendre, mais il
en gardera la tra~: c'était du martinésisme sauvage.
Surgit, à Strasbourg, en 1788, son deuxième Maître, le cordonnier illuminé de Goerlitz,
son chérissime Jakob Bohme ( 1575-1624 ), qu'il rencontre grâce aux ouvrages à lui
tendus par sa chérissime Charlotte de Boecklin; Jakob Bohme dont il ne tâchera plus qu'à célébrer le mariage avec Martines. La Révolution francaise l'éprouve et l'emplit
d'espoir; la providence y place la mort de son père ( 1793 ). Thermidor arrive à
point pour que sa situation ne se gâte. Très attentif, Saint-Martin se renseigne
amplement, mais enseigne avec discrétion, dans maintes conférences particulières et dans
une conférence publique avec Garat, en 1793; dans des livres de marche moyenne, souvent
lente. Aucun discours de lui qui n'encoura I'homme de désir et ne lui apprenne, au-delà de l'ecce homo,
comment et pourquoi naît le nouvel homme, auquel incombera le rninistère de l'homme-esprit.
Le Philosophe Inconnu , cormne il avait obtenu qu'on le désignât, mouru~ le 1~
octobre 1803, à Châtenay près de Paris, assez ignoré et fort mal compris. ( Préface, pp. 9-10, à la rééd. 1973 [ Bibliothéque 10/18 ]-1979 [ Monaco, Ed. du Rocher
] de l'Homme de désir. Cf. Calendrier de la vie et des écrits de Louis-Claude de
Saint-Martin, premiere partie, 1743-1777, N spécial de
Renaissance traditionnelle,
janvier 1978: suite et fin à paraître ibid.)
II. - Ecrits.
1. - Voici la liste complète des écrits publiés de Saint-~1artim pour la premiere
fois imprimée, d'apres ma
Bibliographie générale des écrits
de eet auteur ( Paris, 1967; e~emplaires déposés à la Bibliothèque nationale et à
la bibliothèque de la Sorbonne ).
Des Erreurs et de la vérité,
1775.
Ode sur l'origine et la destination de l'homme,
Ca. 1781.
Tableau naturel des rapports qui existent entre Dieu, I'homme et l'univers,
1782.
De la Poésie prophétique, épique et Iyrique. ?
Phanor, poème. ?
Discours sur la meilleure manière de rappeler à la raison les nations livrées aux
erreurs et aux superstitions. Ca.
1785.
L'Homme de désir,
1790.
Ecce homo,
1792.
Le Nouvel homme,
1792.
Lettre à un ami, ou considérations... sur la Révolurioon Jrancoise; suivies du précis
d'une conférence publique...,
1795.
Stances sur l'origine et la destination de l'homme,
1796.
Eclair sur I 'association humaine,
1791.
Réflexions d'un observateur sur la quesrion: Quelles sont les institutions les plus
propres à fonder la morale d'un peuple ?
1797.
Essai sur les signes et sur les idées.
1799.
Le Crocodile,
1799.
Recension du Crocodile.
1799.
De l'Esprit des choses,
1800.
L'Aurore naissante... de Jakob Bohme,
1800.
Le Cimetière d 'Amboise,
1801.
Controverse avec Garat,
1801.
Des Trois principes de l'essence divine... par Jakob Bohme,
1802.
Le Ministère de l'homme-esprit,
1802.
OEuvres posthumes,
1807.
Quarante questions... par Jakob Bohme,
1807.
De la Triple vie de l'homme... par Jakob Bohme,
1809.
Des Nombres,
1843.
Cinq textes inédits,
1959.
Mon portrait historique et philosophique,
1961.
Conférences avec M. Ie chev. de Boufflers,
1961.
Conférences avec M. Le Roux, docteur en médecine,
1961.
Pensées mythologiques,
1961.
Cahier des langues,
1961.
Varia,
1962.
Fragments de Grenoble,
1962.
Pensées sur I 'Ecriture sainte,
1963- 1965.
Etincelles politiques,
1965-1966.
Cahier de métaphysique,
1966-1968.
Carnet d'un jeune Elu Cohen,
1968.
Notes sur les Principes du droit naturel de Burlamaqui,
1969.
Réflexions sur le magnétisme,
1969.
Du somnambulisme et des crises magnétiques,
1969.
Mon livre vert.
en cours de publication.
Pensées sur les sciences naturelles.
A parâître.
Oeuvres nouvelles (
fonds Z ). A paraître.
2. - La Correspondance
éditée comprend de très nombreuses lettres, toutes posthumes, sauf une à Matthias
Claudius et la lettre à Garat qui est une lettre ouverte. Elles ont été publiées,
celles à Kirchberger, dans un livre ( 1862 ); les autres, à des destinataires différents,
en divers lieux.
La
Correspondance générale
en deux volumes est sur le métier.
3. - Edition collective, en sept volumes, des
OEuvres majeures
de Saint-Martin, chez Georg Olms, Hildesheim, R.F.A., 1975 - ..., en voici l'économie
avec les titres abrégs :
I. - Des Erreurs; Ode et Stances; II. - Tableau naturel, Discours; III. - L'Homme
de désir; IV. - Ecce homo, Le nouvel homme; V. - De l'Esprit des choses, Controverse
avec Garat; VI. - Le Ministère de 1'homme-esprit; VII. - Notes et documents.
4. - Les livres et articles en tout ou en partie consacrés au Philosophe Inconnu ont
été répertoriés dans la
Bibliographie saint-martinienne.
Voir aussi "Etat présent des études saintmartiniennes" ap.
Saint-Martin, Mon portrait...,
nouv. éd., Monaco, Ed. du Rocher, 1980.
5. - La Chronique saint-martinienne (
d'abord publiée dans
les Cahiers de la Tour Saint-Jacques,
puis dans les Cahiers de l'homme-esprit,
et présentement sous forme séparée ), est le bulletin de lia son et d'information
de tous les arnateurs du
Philosophe Inconnu,
saint-martiniens et martinistes.
Et consulter, bien sûr l'lnitiation, passim.
6. - Néanmoins, une décourverte majeure exige d'être ici rapportée telle qu'elle fut
annoncée dans l'Initiation,
juillet-septembre 1978, pp. 174-175: celle du fonds Z.
LE CIEL SOURIT AUX MARTINISTES.
La chose la plus merveilleuse, la plus extraordinaire, la plus étonnante... Mais non
! Cette découverte, qu'on exulte d'annoncer ici, est tout simplement unique, c'est-à-dire
d'une importance sans seconde pour connaître LouisClaude de Saint-Martin. Elle nous procure, en effet, la fleur des papiers personnels du théosophe.
Il est vrai qu'en quête des ces papiers, j'avais recueilli d'abord, en 1953, à Londres,
une copie des écrits dont le petit-cousin Nicolas Tournier avait hérité - le fameux
manuscrit Watkins; puis, en 1954, près de Munich, le Portrait autographe.
Cette année 1978, I'Initiation a révélé l'existence d'autres originaux en provenance
du lot échu à Tournier.
Mais restaient dans l'ombre - à moins qu'ils n'eussent été anéantis - les documents,
précieux entre tous, qui étaient passés, après la mort du Philosophe Inconnu, entre
les mains de Joseph Gilbert. Les premiers biographes, Gence, Caro, Matter, y faisaient
allusion...
Or, les voici retrouvés, hosannah ! La tache de les publier sera lourde, mais elle
m 'enchante.
Pour l'heure, j'en suis au dépouillement et au classement.
Mais la première revue est achevée. En voici le compte très sommaire:
SAINT-MARTIN:
Des Nombres - De l'Origine et de l'Esprit des formes - Leçons de Lyon - Notes diverses
et nombreuses, notamment sur la langue hébraique - Lettres ( (
notamment à Gilbert el à Bourgeois de Lausanne ). MANUSCRITS AUTOGRAPHES. Copie très
minutieuse des lettres à Kirchberger et à Effinger.
KIRCHBERGER.
Lettres à Saint-Martin.
MANUSCRIT AUTOGRAPHE.
MARTINES DE PASQUALLY.
Traité de la réintégration.
COPIE PERSONNELLE DE SAINT-MARTIN.
DOCUMENTS COHEN:
Catéchisme de tous les grades - Rituels de réunion et de réception - Rituels très
complèts d 'opérations - Tableaux et dessins théurgiques
( dont quelques-uns se trouvent à la B.M. de Grenoble ) ( 1 ) - Table des 2400 noms - Recueil d'hiéroglyphes - Prières, prosternations, instructions,
etc...
COPIES PERSONNELLES DE SAINT-MARTIN.
COMMUNICATIONS SOMNAMBULIQUES.
( dont celles de l'Agent inconnu ). COPIE PERSONNELLE DE SAINT-MARTIN.
DOSSIER CHAUVIN, relatif à l'histoire posthume des papiers de Saint-Martin.
Ces quelque mille sept cents pages apporteront une contribution inégalable à l'histoire
du martinisme: enfin une édition correcte des Nombres, enfin les lecons de Lyon dans
le texte du professeur ( car mon hypothèse que Saint-Martin enseignait et que les notes de Willermoz avaient été prises par un auditeur est désormais prouvée ), enf
n ce tant espéré Traité des formes, etc... etc. Mais aussi, enfin la clef de la théurgie
cohen. Etc... etc.
Ce fonds, providentiellement retrouvé, sera désigné sous le nom de fonds Z .
Alors que l'ésotérisme, et Saint-Martin luimeme,attirent les nouveaux cacouacs (
2 ), quelle consolidation, quel encouragement,quel signe, pour les martinistes !
Aux papiers de Saint-Martin sont joints d 'autres papiers venus à Gilbert d 'un autre
théosophe: Fabre d'Olivet. C'est aussi que l'on dispose maintenant de la fin du
manuscrit de la
Théodoxie universelle, dont Dorbon-Ainé avait publié en fac-similé le début. L'édition de ces pages ne doit
pas tarder.
Chose merveilleuse, extraordinaire au plus haut point, pourquoi pas, après tout, encore
que ce soit trop peu dire ! Mais, au bout du compte, rien de moins étonnant.
29 avril 1978.
( 1 ) A propos du fonds coën de Grenoble ( fonds Prunelle de Lière ), il faut rappeler
qu'un inventaire détaillé en a été publié pour la première fois dans la Bibliographie générale des écrits de Louis-Claude de Saint-Martin
( 1967 ), N 249, pp. 221-223. L'édition des principaux documents théurgiques de ce
fonds a été annoncée à mainte reprise ( par exemple,dans l'Initiation,
avril-juin 1969, p. 109, sous le couvert de mon collaborateur et ami Jacques Baradate
et dans le Dictionnaire Universel de la Franc-Ma,connerie ( 1974 ),
article ~< Martines de Pasqually )), p. 840.
Grâce à Dieu, cette édition a été retardée, car seul l'ensemble rituel constitué
et conservé par SaintMartin, dans le fonds Z aujourd'hui, donne tout leur sens aux
éléments en provenance de Prunelle de Lière. C'est donc en articulation avec l'édition
des pièces du fonds Z que seront publiées ou signalées celles de la B.M. de Grenoble.
( 2 ) CACOUACS. Nom donné par les défenseurs de la religion aux Philisophes du parti
encyclopédique, autrement dit aux philosophistes, à partir de 1747,
à la suite de la publication anonyme de Mémoire et du Nouveau Mémoire pour servir à l'histoire des cacouacs,
par J.-N. Moreau, dirigé contre les pseudophilosophes ( N.D.L.R. )
L'édition du fonds Z sera assurée par les Editions de la Maisnie, Guy Trédaniel, éditeur
à Paris.
III. -
La Tbéosophie de Saint-Martin.
Le
Philosophe Inconnu
est - I'aurai-je assez répété ? - un théosophe méconnu. Je veux dire que sa pensée
n'est pas philosophique, sauf peut-être à prendre le terme en une vieille voire primitive,
acceptation; elle est théosophique ( et donc gnostique ).
La théosophie, qui n'est pas la philosophie, n'est pas davantage la théologie et elle
constitue une forme particulière de la mystique qu'on nomme spéculative Mais
elle réconcilie la philosophie et la théologie. Voyez ce qu'on peut tirer de là quant
à la signification de la théosophie au siècle des Lumières.
La théosophie est un illuminisme, car la lumière, même parfois physique, est le symbole
privilégié de la Sagesse et la quête sophianique est celle de l'illumination. Et
c'est une quête en profondeur; de l'intérieur, par l'intérieur ( I'interne, dit Saint-Martin ), donc un ésotérisme.
La théosophie prescrit une activité ad extra
que Kirchberger, ami de Saint-Martin, qualifiait de scientifique et une activité
ad intra
que le même qualifiait d' ascétique )n Ces deux acti-ités, dont Saint-Martin souligne
la conjugaison, procèdent d'une même vision unitaire de Dieu, de l'homme et de l'univers,
de leurs rapports donnés en un tableau naturel, dont précisément la Sagesse fait à la fois l'oeil et l'objet.
Nous sommes tous veufs, notre tâche est de nous remarier. Nous sommes tous veufs de
la Sagesse. C'est après l'avoir épousee, et d'abord cherchée puis courtisée, que
nous pourrons engendrer le nouvel homme en nous, devenir nouvel homme. Or, tout est
lié au nouvel homme: la médecine vraie, la royauté vraie, la poésie vraie, le sacerdoce vrai
ne peuvent être exercés que par l'homme régénéré, autrement dit le nouvel homme.
La théosophie saint-martinienne est une mystagogie de la génération spirituelle.
Cette doctrine s'édifie comme un martinésisme en traduction et, quant à la théurgie,
en transposition, que Bohme, à partir de 1788, confortera et explicitera sur plusieurs
points9 telle la sophiologie.
Saint-Martin, dans son vocabulaire qui module les notions martinésiennes, s'est efforce
de rappeler les vérités premières que voici: la dignité de l'homme malgré son avilissement
dans cette région de ténèbres; la distinction, par conséquent, de l'homme et de la nature, du physique et du moral; comment la science de l'homme, seule nécessaire,
seule vraie science, est inscrite dans l'univers entier, dans les sciences de tous
genres, les langues, les mythologies et les traditions de tous les peuples. Même
les livres sacrés sont comme des accessoires postérieurs aux vérités qui reposent sur
la nature des choses et sur l'essence constitutive de l'homme.
Surtout, l'homme est la clef, expliquons les choses par l'homme et non pas l'homme
par les choses. L'âme humaine est le suprême témoin.
Admirer et adorer constituent le privilège de l'homme et la base sur laquelle doit
reposer son mariage au temporel et au spirituel.
Il faut s'occuper de l'homme-esprit et de la pensée avant de s'occuper des faits,
afin que germe ou sorte notre propre révélation, car toute chose doit faire sa propre
révélation.
Avec des mots inspirés par Bohme, Saint-Martin exprime ainsi, dans son style, le but
de la théurgie cohen, qu'il veut atteindre, mais autrement que Martines: Nous sommes
libres de rendre par nos efforts à notre être spirituel notre première image divine, comme de lui laisser prendre des images inférieures désordonnées et irrégulières,
et que ce sont ces diverses images qui feront notre manière d'être, c'est-à-dire
notre propre gloire ou notre honte dans l'êtat à venir .
Si la théurgie n'est pas nécessaire, c'est que Saint-Martin, judéo-chrétien comme
Martines, est plus chrétien alors que le second est plus juif. La déité du Christ
le qualifie comme médiateur suffisant et nécessaire. Saint-Martin ne rejette pas
la théurgie, il l'intériorise.
Car, si le Christ est Dieu et le nouvel homme un autre Christ,le théurge chrétien
n'a besoin, pour revenir et contribuer au retour de tout être émané dans le Principe,
que de se régénérer. Il doit, à cette fin,
posséder
la Sagesse. Et commencer par la chercher. Cette recherche~ cette p~ssession ont nom
théosophie ~>. Et leur instrument à nom volonté ~>.
Le premier exposé systématique de la doctrine est en cours de publication dans l'lnitia~ion,
1975: No 4, pp. 183-197; 1976: No 1, pp. 22-35; No 2, pp. 77-91; No 3, pp. 154-162;
No 4, pp. 219-224; 1977: No 1, pp. 33-39; No 2, pp. 75-84; No 4, pp. 219-224; 1978:
No I,
pp. 3542; l~lo 2, pp. 83-88: 1979: No I, pp. 25-3~; No ~, pp. 81-87 A paraâre en un
volume: Le Théosophe méconnu. Initiation à Saint-Marrin.
IV. -
Saint-Martin et la Franc-Maçonnerie.
Le problème des rapports entre Saint-Martin et la Franc-Maçonnerie, qui touche à tant
d'autres problèmes, a été traité dans les études suivantes; Saint-Martin Franc-Maçon
,
L'Inltiation,
avril-juin 1965, pp. 82-91; Louis-Claude de Saint-Martin et la FrancMaçonnerie
,
Le Symbolisme,
janvier-juin 1970, pp. 123-180, juillet-septembre 1970, pp. 285-307, janvier-février
1971, pp. 43-73. Introduction à
Des erreurs et de la vélité; Oeuvres majeures,
t. I ( 1975 ) et notes et documents correspondants in vol.
VII. -
Des compléments se trouvent dans le
Calendrier de la vie et des écrits de Louis-Claude de Saint-Martin, ainsi
que dans Saint-Martin et la Franc-Maçonnerie, additions et précisions , in
Chronique saint-martinienne,
passim.
Voici le schéma de la solution:
1. - Saint-Martin a été Franc-Maçon. A-t-il reçu la lumière avant de rencontrer l'Ordre
des Elus Cohen ? Willermoz l'assure. Je ne sais. Si ce fut, ce pourrait avoir été
dans la Loge Ecossaise
La Concorde,
fondée en 1745 à l'Orient de Tours, qui comptait parmi ses membres Burdin ( qui sera
Vénérable en 1763 ou 1764 ), dont Saint-Martin connaissait et aimait la famille.
2. - Saint-Martin reçut, en une seule fois, les trois grades cohen, dits du Porche,
par le ministère du frère Baudry de Balzac, entre l'été 1765 et l'hiver 1768, probablement
en 1765 ou 1766.
3. - Entre le 25 novembre et le 15 décembre 1768, Grainville et Balzac ( très probablement
) I'ordonnent Commandeur d'ORIENT.
4. - Martines de Pasqually l'ordonne Réau-Croix vers le 17 avril 1772.
5. - En 1773, Saint-Martin s'associe à la requête que les Frères Iyonnais adressent
à Weiler. En 1774, il est admis à être reçu dans la Stricte Observance Templière.
Mais, le moment venu, en 1774, il fait défaut.
6. - En 1785, afin de se qualifier pour l'entrée dans la Société des Initiés ( Cf infra ).
Saint-Martin accepte d'être affilié à la Loge Ecossaise Rectifiée
la Bienfaisance
à l'Orient de Lyon, adoubé Chevalier Bienfaisant de la Cité Sainte f Eques a leone sidero ).
Le 24 octobre, il est reçu Profès et Grand Profès.
7. - En 1790, il demande à être rayé des registres maçonniques où depuis longtemps
( ciepuis toujours ? ) il ne figurait que de nom. ( Son nom figure sur les tableaux
de loge, de 1786 à 1791 ).
8. - Saint-Martin n'a jamais appartenu au Rite des Philalèthes, quoique, selon Savalette
de Lange, il y ait été candidat à la douzième classe. en 1782. Invite a leur Convent
de 1785, il ne s'y rendit pas.
9. - Saint-Martin a appartenu aux sociétés para-maçonniques suivantes:
a ) la Société des Initiés, fondée sur les instructions de l'Agent Inconnu et dans
la mouvance de celle-ci. Reçu le 4 juillet 1785, après avoir été adoubé Chevalier
Bienfaisant de la Cité Sainte ( Cf supra );
b ) la Société de l'harmonie, de Mesmer; reçu le 4 février 1784;
c ) la Société philantropique, dont il fut membre fondateur en 1780 et sur l'ar~nuaire
de laquelle son nom figure jusqu'à sa mort.
10. - Saint-Martin n'est pas l'auteur de la devise quarante-huitarde que le Grand
Orient de France adopta en 1849: Liberté, Egalité, Fraternité .
11. - Saint-Martin n'a fondé aucun régime, aucun rite, aucun ordre maçonnique - ni
aucun ordre ou société d'aucune sorte.
Sur l'Ordre martiniste et la prétendue initiation de Saint-Martin, cf. infra,
chap. IV.
12. - Saint-Martin, le vrai, ou un Saint-Martin mythique, a été mêlé, bon gré mal
gré, aux querelles du jésuitisme et de l'anti-jésuitisme en Maçonnerie, etc. ( Cf
l'introduction à l'édition
des Erreurs et de la vérité,
dans les
OEuvres majeures
).
13. - Le symbolisme maçonnnique, le vocabulaire maçonnique ont laissé leur trace sur
les écrits de Saint-Martin.
14. - La pensée maçonnique, que ces formes véhiculent ( et qui les mutile ), aussi.
Cependant, la Maçonnerie que Saint-Martin chérit un temps, et à laquelle il resta
toujours reconnaissant, fut celle des Elus Cohen, fort particulière en vérité et
ce n'est pas l'aspect maçonnique de la secte martinésiste qui l'avait séduit le plus.
15. - Saint-Martin est un grand écrivain maçonnique. Son oeuvre est capable de contribuer
au développement de la spiritualité chez les Maçons et très particulièrement, chez
les Maçons Ecossais Rectifiés: dans sa fidélité à la doctrine de Martines de Pasqually il est de leur bord, par l'explication qu'il en donne il a droit d'être reconnu
comme l'un de leurs docteurs.
16. - Le texte suivant exprime assez bien le sentiment et l'opinion à peu près constants
au fond de Saint-Martin, s'agissant de la Franc-Maçonnerie: ~< Les personnes qui
ont du penchant pour les établissements et sociétés philosophiques, maçonniques
et autres, lorsqu'elles en retirent quelques heureux fruits sont très portées à croire
qu'elles le doivent aux cérémonies et à tout l'appareil qui est en usage dans ces
circonstances. Mais avant d'assurer que les choses sont ainsi qu'elles le pensent,
il faudrait avoir essayé de mettre aussi en usage la plus grande simplicité et l'abstraction
entière de ce qui est forme et si alors on jouissait des mêmes faveurs, ne serait-on
pas fondé à attribuer cet effet à une autre cause; et à se rappeler que notre Grand
Maître a dit: Partout où vous serez assemblés en mon nom, je serai au milieu de vous
. (
Mon livre vert,
article inédit ).